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Isabelle DEGEORGES; sa vie de productrice ("Lupin", "Glacé", "Nox", ...)

Isabelle DEGEORGES, productrice de “LUPIN“ (entre autres), est aujourd’hui sur Grunge News ! La directrice de Gaumont télévision France et productrice de nombreuses séries à succès nous accorde un moment pour une interview passionnante autour de son métier, du monde de l’audiovisuel mais aussi celui du cinéma ! Alors laissez-vous embarquer dans son univers, celui de l’image et du son …


Isabelle DEGEORGES


Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Isabelle DEGEORGES et je suis actuellement productrice et directrice de Gaumont télévision France. Je travaille chez Gaumont depuis 10 ans. J’ai aussi été productrice dans une autre société du nom d’“Image et compagnie“, également pendant 10 ans.

J’ai produit de nombreuses séries et travaille actuellement pour toutes les chaînes françaises ainsi que pour les plateformes de streaming (Netflix, Amazon, Disney, …).





Etant productrice, comment choisissez-vous vos productions ?

Au coup de cœur ! Dès que j’ai un coup de cœur sur un projet ou lorsqu’un scénariste me parle d’une idée intéressante, j’approfondis de suite la proposition. Pour moi c’est le côté artistique qui prime avant tout, l’envie de raconter une histoire.



Comment déterminez-vous si un projet va être une réussite ?

On ne sait jamais ! C’est ça qui est beau dans ce métier, il n’y a pas de règle.

Lorsque je suis engagée sur un projet je ne sais même pas si je vais pouvoir le financer ou trouver un partenaire (chaîne tv / plateforme).

Au départ, j’investi dans un développement de projet, c’est-à-dire, un document qui raconte l’histoire de la série en question.

Puis, quand celui-ci me convient je cherche un partenaire.

Prenons l’exemple de la série “LUPIN“. Celle-ci est diffusée via Netflix et pourtant elle aurait pu voir le jour avec un autre diffuseur.

In fine, le public est au rendez-vous ou non.

Pour ne pas dire que le succès d’un projet est aléatoire, disons que l’action de prévoir la réussite ou non d’une série n’est pas une science exacte et c’est justement ça que j’apprécie dans ce métier.


LUPIN © Netflix

Pouvez-vous nous raconter le quotidien d’un/une producteur / productrice ?

Le quotidien n’existe pas quand vous êtes producteur ! Aucune journée ne se ressemble. Un jour nous avons un tournage, le lendemain des réunions, …


 
Une série comme “LUPIN“, c’est 3 ans de travail.
 

En quoi consiste le métier de producteur ?

Pour moi, c’est le plus beau des métiers : On raconte des histoires.

La première étape lorsque vous êtes producteur est d’identifier une bonne histoire : En lisant un roman, en discutant avec un scénariste, en écoutant la radio, avec notre propre imagination …

La seconde étape est de travailler sur un document. Celui-ci nous permet de décrire les personnages, les arches de la série… Pour écrire ce document il faut choisir et financer un scénariste. L’écriture peut durer des semaines voire des mois, …

La troisième étape est d’identifier le partenaire qui correspondrait le mieux au projet, de lui en parler, lui faire lire. Il est aussi possible d’avoir travaillé plusieurs mois et de ne pas trouver de partenaire.


Lorsque le diffuseur est trouvé, le développement de la série peut commencer. L’auteur à l’origine du projet rassemble une équipe de scénaristes avec qui il développe les personnages, les épisodes, … Lorsque le film ou la série est cher et que le financement apporté par le diffuseur n’est pas suffisant, il faut trouver de l’argent ailleurs. En revanche, lorsque nous travaillons avec une plateforme, celle-ci finance l’intégralité de la série et les droits lui reviennent.

Pour illustrer mes propos, prenons l’exemple de “LUPIN“. Je suis la productrice de la série mais en revanche, les droits sont aujourd’hui la propriété de Netflix. Je ne peux donc pas vendre la diffusion de la série à des tiers.


Une fois la série financée, mon équipe et moi (6 producteurs ; chacun est assigné à un projet) choisissons un réalisateur.

Enfin, la préparation de la série peut débuter : choisir l’équipe technique, les décors, le casting…


Vient ensuite le tournage de la série (environ deux semaines par épisode), puis le montage.

Une série comme “LUPIN“, c’est 3 ans de travail !



Sur le tournage de LUPIN au musée du Louvre (Photographie : © Netflix)

Parmi toutes vos productions, y en a-t-il une que vous préférez ?

Non, j’aime tous mes enfants (rires) ! Il y en a certaines où j’ai eu plus de difficultés et d’autres où j’ai pu avoir des surprises, être déçue, … Pourtant toutes ont été riches d’expériences !



Pouvez-vous nous expliquer l’origine du projet de la série “LUPIN“ ?

Tout commence en 2012 lorsque les droits des romans de Maurice Leblanc (l’auteur d’“Arsène Lupin“) tombent dans le domaine public. A cette période, de nombreux producteurs voient une opportunité de recréer “Arsène Lupin“. De notre côté, nous avons développé différents projets autour de cette œuvre littéraire pour finalement trouver l’idée qui a plu à Omar Sy et à Netflix.


Maurice Leblanc (Domaine public)

Pourquoi Omar Sy pour ce rôle ?

Omar Sy voulait faire une série. Dans nos discussions nous avons échangé sur différentes idées dont celle d’ “Arsène Lupin“. Le projet que nous lui avons alors fait lire lui a plu !



Qu’est-ce qui vous fascine tant dans le personnage d’Assane, héros de l’histoire ?

Assane est un fan d’“Arsène Lupin“.

Arsène Lupin est le plus français des héros ! C’est un homme drôle, séducteur, … cela correspondait totalement avec la personnalité d’Omar Sy.

Assane incarne différents personnages et doit en permanence changer d’apparence, de caractère. N’est-ce pas ce qu’il y a de mieux pour un acteur ?

Mais Assane est aussi un personnage complexe. La vie n’a pas été simple pour lui, et c’est ce qui fait toute sa profondeur.



En trois mots, comment définiriez-vous la série “LUPIN“ ?

Divertissante, fun et décomplexée.



Selon vous, quelle serait la plus importante qualité à avoir pour travailler dans le monde du cinéma / audiovisuel ?

Tout dépend de votre fonction mais s’il y a bien une qualité commune à chaque poste c’est l’adaptabilité. On se retrouve en permanence face à des situations complexes et nouvelles que ce soit dans l’écriture, dans le financement, sur le tournage, … En revanche on est toujours dans cette obsession d’avancer. Tout coûte cher et il ne faut donc jamais perdre de temps.



crédit : Pixabay License

Selon vous, quelle serait la qualité première d’un/une producteur/productrice ?

Il n’y en a pas qu’une ! Il faut maîtriser de nombreux paramètres (artistiques, humains, politiques, financiers, …). C’est ça qui est aussi formidable dans ce métier, on est présent à toutes les étapes. Par exemple il faut savoir choisir les histoires et les développer, choisir les décors, les bonnes personnes avec qui travailler, répondre aux exigences de nos partenaires… et surtout pouvoir gérer le budget afin d’éviter tout problème économique.



Comment voyez-vous le monde du cinéma évoluer ?

Aujourd’hui avec la crise du COVID-19 ainsi que l’arrivée en masse des plateformes de streaming, les spectateurs se tournent davantage vers les séries. Ainsi, il y a une accélération de l’évolution des usages. Post-COVID-19, nous retrouverons, bien entendu, du monde dans les cinémas mais seront-ils aussi nombreux qu’avant…

Aller au cinéma restera toujours un moment exceptionnel, rien ne pourra remplacer la salle mais peut-être que certains films auront plus de difficultés à se financer. Il est difficile d’anticiper mais ce qui est sûr c’est qu’une évolution est en marche.

Par ailleurs, il y a quelques années une directive a été imposée par l’Union européenne qui va être transposée à partir de juillet prochain. La France sera le premier pays à prendre en compte cette directive qui imposera aux plateformes (Amazon, Netflix, Disney, …) d’investir dans le 7ème art, dans les films qui sortiront en salle.

Les plateformes vont donc participer à l’évolution du cinéma français. Elles ont besoin de la popularité que les acteurs, réalisateurs, auteurs acquièrent grâce au cinéma. C’est pour cette raison que cet art existera toujours !


Exemple ; à Gaumont nous avons récemment produit “Bronx“. Initialement le film devait sortir en salle mais avec la crise sanitaire, le long-métrage d’Olivier Marchal à finalement été diffusé sur Netflix et ce fut un franc succès. La raison de la réussite de ce projet est due au fait qu’Olivier Marchal s’était déjà fait un nom dans le monde du cinéma. Les plateformes ont besoin du cinéma et le cinéma a besoin de l’argent des plateformes. C’est un travail collaboratif !


LUPIN © Netflix

Comment définiriez-vous le monde du cinéma et celui de l’audiovisuel (ouvert / fermé / …) ?

Selon moi, le monde de l’audiovisuel est ouvert aux nouveaux talents, à de jeunes réalisateurs, scénaristes, producteurs, … A l’inverse, je pense le monde du cinéma plus fermé car il se base sur la cooptation, les relations.

Aujourd’hui ces univers évoluent ensemble et je pense que, justement, le monde du cinéma sera à l’avenir, plus ouvert.



Y a-t-il une différence pour développer un projet cinématographique et un projet dans l’univers de l’audiovisuel ?

Non, ce sont les mêmes procédés. Ces deux mondes travaillent désormais ensemble et le travail est finalement le même !



- Grunge News vous remercie de votre collaboration ! -



Visionner la bande annonce de la saison 2 de "LUPIN" (aussi produite par, entre autres, Isabelle DEGEORGES) :



 
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