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(Et si) Officiellement, ce groupe militaire n’existe pas ?

Avez-vous déjà entendu parler du groupe paramilitaire Wagner ? Non ? Rassurez-vous, c’est bien normal puisque ce groupe n’existe officiellement pas (ou presque) ! On vous explique tout dans cet article mais pourquoi parlons-nous aujourd’hui de cette société secrète ? En juin dernier la France a dit vouloir retirer une partie de ses troupes du Mali, pays dans lequel l’armée française est engagée depuis 2013 afin de lutter contre le djihadisme. Suite à cette nouvelle, le gouvernement malien pourrait être amené à remplacer ce manque de soldats par d’autres, les mercenaires russes du groupe Wagner sont visés. Selon les communiqués, le pays voudrait “assurer leur sécurité de manière autonome“. Bref, on vous raconte tout ce qu’il y a à savoir sur Wagner …


Une photo de groupe supposée de mercenaires du groupe Wagner potentiellement capturée à Donbass

En 2012 le président Russe Vladimir Poutine avouait qu’“une corporation d’entreprises militaires privées serait un outil efficace pour réaliser les objectifs nationaux sans faire appel à la participation directe de l’Etat russe“. Alors qu’il est illégal en Russie d’engager des groupes de mercenaires non-officiels, c’est en 2014 qu’a été créé le groupe Wagner par le commandant militaire Dmitri Outkine. Cette organisation fait suite à celle qu’il dirigeait les années précédentes, Slavonic Corps Limited. Néo-nazi et admirateur du 3eme Reich, il aurait donné le nom de Wagner à sa société paramilitaire en référence au chef d’orchestre allemand Richard Wagner ou bien en référence à celui qui fût le commandant de la SAIMR (organisation parapublique de mercenaires anti-communistes et de suprématistes blancs) durant la Guerre froide, Robert Wagner.


Dmitri Outkine

Wagner serait financé par le gangster et restaurateur russe Evgueni Prigojine qui, progressivement s’est rapproché du pouvoir de Poutine afin d’en tirer profit. Il est signé sur plusieurs contrats, celui avec le ministère de la Défense est évalué à environ 1 milliard d’euros par an. Un chiffre colossal qui laisse un doute sur les véritables actions de cet homme d’affaires. Surnommé “le chef de Poutine“, c’est lui qui a créé en 2013 l’IRA (l’Internet Research Agency), qui est une organisation russe de diffusion de propagande sur Internet qui n’aurait, selon le porte-parole du président, aucun rapport avec le Kremlin. L’organisation serait une des actrices principales dans l’affaire de l’élection américaine de 2016 qui aurait été largement influencée par le gouvernement russe. Il semblerait même que l’IRA et Wagner collabore, quand l’une se charge de mener une guerre informationnelle sur Internet, l’autre mène des opérations militaires sur le terrain et pourtant, cependant, aucune d’entre elle n’aurait un lien avec le gouvernement …


Evgueni Prigojine à Moscou, le 4 juillet 2017. (Crédit : POOL NEW)

Comme vous l’aurez compris, les origines de Wagner sont liées à des personnalités ayant des idées sombres ou des agissements peu conventionnels si l’on en croit les accusations portées sur l’IRA. Mais où serait vraiment né Wagner ? Les experts sont formels, le berceau de cette organisation paramilitaire est l’Est de l’Ukraine en 2014. Au départ elle est composée d’environ 250 hommes selon le chercheur Sergueï Soukhankine, les mercenaires sont équipés avec du matériel russe et jouent un rôle majeur dans les combats contre les troupes ukrainiennes. Cependant la Russie nie toute présence militaire russe dans cette zone géographique, ce sont les premiers indices d’une armée secrète.

Puis, en 2015, l’armée russe reçoit l’aide de Wargner en Syrie afin de venir en soutien au président Bachar el-Assad. Alors que la guerre civile syrienne fait rage, le groupe armé est missionné pour s’engager dans la reprise de la cité de Palmyre, de 2016 à 2017. En septembre 2017, l’Etat Islamique parvient à incarcérer 2 soldats de cette armée secrète et annonce leur mort un mois plus tard, en octobre. L’armée n’existant officiellement pas, il ne peut pas y avoir de funérailles d’Etat, tout doit rester dans l’ombre. Les pertes humaines sont lourdes et poussent la venue de tensions entre le groupe et l’armée russe à partir de 2017.

En 2018, lord de la bataille de Khoucham, les Américains ciblent Wagner et les bombardent. Des dizaines voire des centaines de morts sont à déplorer, le chiffre exact n’est pas connu du public.


Le président russe Vladimir Poutine et son homologue syrien Bachar el-Assad en 2017 (Crédit : AFP)

Progressivement, cette société paramilitaire déploie ses forces dans les différentes zones du globe où la Russie y a un intérêt géopolitique. C’est pourquoi, toujours en 2018, des mercenaires du groupe se retrouvent en Centrafrique afin de former les armées militaires centrafricaines. Le chercheur au Centre d’études et de recherches internationales Roland Marchal, explique :

"Ce sont des gens [les “instructeurs civils“ déployés par la Russie en Centrafrique] qui appartiennent à une société de sécurité privée […]. C’est aujourd’hui une dimension importante des guerres contemporaines et des guerres contre le terrorisme. Il y a une privatisation de la guerre".


Les objectifs à travers les Private Military Companies (PMC), telles que Wagner, sont multiples. Si nous restons sur l’exemple de la société du “chef de Poutine“, elle permet d’apporter un soutien armé aux troupes officielles, ainsi, ces actions peuvent changer le cours d’un conflit. Ceux-ci peuvent être plus violents et les actions des troupes militaires non officielles peuvent se vouloir plus extrêmes afin de remporter le conflit coûte que coûte. Effectivement, s’il y a bavure ou enfreint des Droits de l’Homme par exemple, la Russie peut décliner toute responsabilité puisque le groupe Wagner, qui n’est officiellement qu’une société privée russe proposant des services de sécurité, n’est pas non plus officiellement rattaché aux actions de Poutine. Les PMC peuvent aussi être des sources de renseignements majeures via des réseaux d’informations et d’influence qui peuvent être montés (citons ici le cas de l’IRA avec l’élection américaine de 2016). Grâce à tous les atouts cités, ces PMC peuvent donc aussi s’implanter dans les régions économiquement florissantes, typiquement les zones pétrolières ou minérales afin de garder un contrôle sur ces régions du globe. Tous ces éléments permettent enfin au pays à qui appartient l’organisation secrète de paraître plus imposant au niveau géopolitique, même si ces groupes ne sont pas officiellement reconnus, ils le sont officieusement par la majorité des Etats. En France comme en Russie il est interdit de disposer d’une PMC, contrairement aux Etats-Unis.



Actuellement, Wagner ce sont 2500 hommes selon Sergueï Soukhankine, c’est aussi la société secrète qui a permis à la Russie de s’imposer dans plusieurs territoires, citons la Syrie, la Centrafrique, l'Ukraine, la Libye, le Soudan et le Mozambique. Le groupe a servi en première ligne en Syrie mais a aussi été missionné pour surveiller les mines de diamants en République Centrafricaine, cependant, le groupe a aussi un passé noir. Comme expliqué ci-dessus, étant un groupe paramilitaire non-officiel, la Russie ne craint pas ou presque les représailles de l’ONU ou autres organisations …

En 2017 est tournée la vidéo d’un Syrien se faisant décapiter par des hommes de main du groupe. Sur les images qui circulent sur le net en 2019, on peut voir un déserteur de l'armée syrienne torturé puis décapité par 4 hommes du groupe Wagner. Ses bras son sectionnés et son corps pendu par les jambes avant d’être brûlé. Sur son torse est inscrit : “Pour les VDV !“. VDV est un corps militaire de troupe de l'armée russe. En mars 2021, 3 ONG dont la FIDH (Fédération Internationale pour les Droits Humains) portent plainte contre Wagner assurant que selon eux, le groupe de mercenaires est “sous le contrôle effectif de la Russie“ et est impliqué “dans de graves violations des droits humains contre des civils“. En juillet 2018, 3 journalistes partis enquêter sur le groupe en Centrafrique, sont retrouvés morts et criblés de balles. Rapidement, des enquêtes sont lancées par les justices centrafricaines et russes, en revanche, les circonstances sont toujours floues. Moscou dément l’existence de relations avec le groupe Wagner dans cette affaire de triples meurtres. Selon le Comité d'enquête russe ces journalistes ont été exécutés par un "groupe d'hommes à la peau noire et parlant arabe" qui voulait les voler cependant refusant d’obtempérer, l’affaire à dégénérée.


Les journalistes russes Kirill Radtchenko, Alexandre Rasstorgouïev et Orhan Djemal assassinés le 29 juillet 2018 près de Sibut en République centrafricaine.


Vous l'aurez compris à travers ces lignes mais Wagner n'est pas une société secrète toute rose. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a affirmé que « Lorsqu’ils [les mercenaires du groupe Wagner] pénètrent dans un pays, ils multiplient les violations, les exactions, les prédations pour se substituer parfois même à l’autorité du pays ». Actuellement la France s'inquiète de la situation au Mali d'où le drapeau bleu blanc rouge tend à se retirer. Dans cette région, la guerre contre le terrorisme est loin d'être finie mais les mercenaires de Wagner qui pourraient rejoindre les Maliens au combat, sont parmi les principales préoccupations du gouvernement ...


 
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