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Le droit à l'avortement, un droit menacé?

Dernière mise à jour : 13 janv. 2021

Le droit à l’avortement est un droit très largement remis en cause par de nombreuses régions du monde et ce, notamment aux Etats-Unis. Le 14 février 2020 une femme de 27 ans originaire du sud de l'Arkansas s’est vu devoir patienter un long moment au Hope Medical Group for Women (une clinique d’avortement) après avoir voyagé pendant deux heures. Voyager pour avoir recours à ce type d’intervention est chose courante aux Etats-Unis puisque de nombreux Etats vont jusqu’à faire disparaître de leur territoire les cliniques permettant l’avortement . Pourtant le droit à l’avortement est légal aux USA depuis 1973, il y a donc un fort contraste entre revenir en arrière sur cette loi ou bien la laisser telle quelle. Ces 2 idées sont représentées par 2 camps, les pro-life (contre l’avortement) et les pro-choice (pour l’avortement). Nous nous attarderons alors dans cet article sur l’histoire du droit à l’IVG en France puis sur l’état de ce droit aux Etats-Unis et dans le monde.



Le droit à l’avortement en France est représenté par une femme, Simone Veil. Cette dernière fût une magistrate et femme politique française. Issue d’une famille juive et rescapée d’Auschwitz, elle se décide après la guerre à suivre des études de droit et de sciences politiques. C’est en 1974 qu’elle est nommée ministre de la Santé par Valéry Giscard d’Estaing.

Au-delà de son rôle politique, Simone Veil est devenue une icône du féminisme français, après avoir fait adopter la loi Veil, qui autorise l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

A l’époque, le passage de cette loi est précédé par la légalisation de la contraception en 1967 mais surtout par le procès de Bobigny en 1972, où Cinq femmes furent jugées pour l'avortement d’une jeune femme mineure après un viol. Ce procès conduit l’Etat français à ne plus poursuivre en justice les avortements et à adopter la loi Veil deux ans plus tard.

La validation de cette loi a divisé les politiciens de l’époque, et a entraîné des débats mouvementés et virulents, notamment entre les partis de gauche (qui était pour) et de droite (qui était contre). C’est alors après plus de 25 heures de négociation que la loi a finalement été votée.


Simone Veil à l’Assemblée Nationale en 1974 (© Getty / Keystone - France )

Même si aujourd’hui en France le droit à l’avortement est toujours source de conflits, il a été adopté par la majeure partie de la population et est loin d’être remis en cause.

Cependant ce n’est pas le cas de tous les pays, notamment aux Etats- Unis, où l’avortement est devenu un combat politique majeur.

L'avortement est autorisé dans tous les États, depuis le 22 janvier 1973. Cependant, le vote de cette loi a créé un combat politique et religieux, entre les “pro-choice” et les “pro-life”. Les pro-choice se battent pour le droit de choisir d’avorter et les pro-life se battent pour l’interdiction du droit à l’avortement, le droit à la vie.


©Getty Images

Les combats entre ces deux camps ont conduit la Cour suprême à autoriser le droit d'apporter des restrictions à cette loi.

487 lois ont donc été adoptées pour réduire sa portée à travers le pays.

Entre 1992 et 2002, mille établissements pratiquant l'avortement ont disparu et 80 % de ceux restants font l'objet de manifestations de la part d'opposants pro-life. Dans des États comme le Mississippi, le Nebraska, le Missouri, il n’y en aurait même plus.

Même si ce droit est officiellement reconnu, il est sans arrêt remis en cause et si certains Etats le pouvaient, ils le banniraient.

Dans certains Etats, les lois sont tellement restrictives qu’il est devenu très difficile d’avoir recours à l’IVG. Par exemple en mai 2019, l'Alabama vote la loi anti-avortement la plus répressive du pays. Elle fait encourir jusqu'à 99 ans de prison pour un médecin pratiquant l'IVG. Aucune exception n'est possible même en cas de viol ou d'inceste. De ce fait un mince effectif de cliniques, alors clandestines dans certaines de leurs actions, permettent l’IVG dans leur établissement.

On remarque alors qu’avec ou sans droit à l’avortement, il sera toujours possible par des moyens divers et variés de permettre aux Femmes de passer à cette intervention et ce qu’importe les risques pénaux encourus. Dans de telles conditions la santé de la mère peut être donc mise en jeu plus rapidement à cause d’un manque de matériel ou bien même d’expérimentation de la part du médecin. En effet, peu sont les docteurs à accepter d’agir dans l’illégalité. Par exemple en Italie, pour diverses raisons (religieuses, morales, personnelles) en 2016 70% des gynécologues refusaient de pratiquer un IVG pourtant l’avortement est bien légal dans ce pays d’Europe, et ce depuis 1978, pourtant y avoir recours n’est pas si simple.


« Ne faites pas confiance en cette clinique, faites confiance au seigneur Jésus-Christ ! »

De plus, aux Etats-Unis avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, qui se dit ouvertement pro-life, la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse est menacée. En effet ce dernier est le premier président pro-life aux Etats-Unis à participer à des marches pour prouver sa conviction en cette idéologie. Le 24 janvier 2020 le milliardaire à la tête du pays a participé pour la première fois à la marche annuelle pro-life à Washington.

« C’est un grand honneur pour moi d’être le premier président de l’Histoire à participer à la Marche pour la vie ! » dit-il devant une foule en extase, car soutenue par le président.

Le combat est alors loin d’être terminé entre les deux camps.

Pourtant, dans un sondage du Pew Research Center d’août 2019 aux Etats-Unis, 61% des personnes interrogées déclarent que l’avortement devrait être légal dans tous les cas où la plupart des cas, a contrario 38% se disent contre en toutes circonstances.



L’avortement est un droit qui a alors un grand intérêt et qui a la capacité de sauver de nombreuses vies notamment si la grossesse remet en jeu la vie de la femme ou celle du fœtus. Ce droit existe pour empêcher des enfants de naître dans de mauvaises conditions (notamment si la mère n’a pas une bonne situation psychologique ou matérielle) ou bien pour permettre à des femmes victimes de viol ou d’inceste de pouvoir avorter de cet enfant qui n’a pas été désiré.

Le droit à l’avortement, tout de même considéré comme le dernier recours par les pro-choice, est nécessaire pour améliorer la vie des femmes et ne plus porter préjudice à leur santé physique ou mentale.

Ce droit est alors une nécessité en effet, pourtant de nombreuses régions du globe sont contre l’IVG pour des raisons religieuses ou encore ethniques. Des raisons religieuses interdisant l’avortement comme la religion catholique. Certains pratiquants manifestent devant les cliniques pratiquant l’IVG et empêchent jusqu’au dernier instant les femmes venues pour avorter de le faire avec des phrases telles que :

« Ne commets pas un meurtre, les meurtriers iront en enfer »

« Ne faites pas confiance en cette clinique, faites confiance au seigneur Jésus-Christ »


La violence et le radicalisme de ces pratiquants est donc flagrant, or la Bible ne mentionne à aucun passage l’avortement comme étant un péché. Il est inscrit dans le sixième commandement ("Tu ne tueras point," Ex. 20.13; Dt. 5.17) que tout meurtre est un péché et donc condamnable. Interviens alors le point de vue biologique-philosophique de la question, qui restera en suspend ; « A quel moment est-on considéré comme un être vivant à part entière ? ». La réponse à cette question permettrait alors de savoir quel camp entre les pro-life et les pro-choice est légitime.

On peut ajouter aussi qu’il est même arrivé que des médecins pratiquant l’avortement soient exécutés, qui sont alors dans ces cas-là les vrais meurtriers ? Mieux vaudrait la mort d’un Homme ayant la conscience de sa personne que la mort d’un fœtus n’ayant pas cette conscience selon une idéologie extrémiste pro-life donc ?

Depuis 1990 aux Etats-Unis, 11 meurtres ont été commis contre des membres de cliniques ou de centres pratiquant des avortements, 26 tentatives de meurtres, 42 attentats à la bombe, 188 incendies criminels, des milliers de tentatives d’intrusion il y a aussi les nombreux harcèlements quotidiens que subissent les femmes ayant eu recours à l’IVG à ne pas oublier.


"Statut de l'avortement dans le monde", carte publiée par Statista en Septembre 2019.

Grâce à cette carte on remarque alors que les Nords sont principalement en faveur de ce droit malgré qu’il soit sans cesse remis en cause. Or dans les Sud, la majeure partie de ces pays est contre la légalisation de l’avortement de manière générale. Il y a alors un fort contraste qui est retrouvé, de nouveau, entre les Nords et les Suds.



Le droit à l’IVG est alors un droit qui n’est pas pleinement acquis même dans des pays pourtant développés tel que les Etats-Unis où ce droit pourrait rapidement disparaître. En effet nombreux sont les Etats se décidant à revenir en arrière. De plus soutenus par un dirigeant ouvertement pro-life, la loi en faveur de l’avortement est donc très largement menacée. Les Etats-Unis auraient alors face au monde l’image d’un pays avec les mêmes idéologies que les Suds. De ce fait la barrière Nords-Suds s’amincirait. Nous verrons donc avec le temps et les futures manifestations qui auront lieu, de quel côté penchera l’Amérique, ou bien pro-life ou bien pro-choice.



 
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